Aujourd’hui je pense à toi, mais comme l'on pense à un papa,
Tu m’as tant donné et tout appris, je croyais en toi!
Aujourd’hui je crois en moi mais je tremble encore tellement !
Je regarde mes mains sur ces feuillets retrouvés et mes mains sur le clavier,
Je n’étais pas si sûre de me relever,
Ma vie est faite de hauts et de bas,
J’oscille entre le plaisir de mon autonomie et la déception d’être passée à côté de tellement d’événements,
Mes petites étoiles me donnent l’envie et l’énergie de continuer, par curiosité peut-être,
Pour voir de quoi sera fait mon lendemain,
La danse anime mon corps comme autrefois le théâtre le faisait vibrer,
Je ressens pleinement mes douleurs et mes plaisirs, je les transmets aussi,
Elisa suit le même chemin, ce lien entre nous, est un moment très fort, très doux,
Nous dansons ensemble comme autrefois je jardinais ou dessinais avec toi,
Zoé-ma-vie est plus câline, notre lien passe par les fous rires et les câlins,
Je vous aime tant mes enfants...
J’ai tant vécu que je sens souvent la fatigue poindre en moi,
J’ai déjà quarante ans tu vois, l’âge que tu avais quand le mauvais sang s’est emparé de toi...
J’ai peu de contact avec les autres, l’extérieur me fait encore froid,
Je me sens mieux là, chez moi, enclave protégée et feu de bois,
J’ai repris la maison, seuls quelques aménagements ont changé,
Le verger est toujours là avec la pergola, au loin la rivière, la forêt,
Au-delà, je ne sais pas...
J’ai arrêté d’exercer, les souffrances des gens me heurtaient trop, je ne pouvais plus les gérer,
J'avais besoin d’être apaisée, j’étais tellement à vif après toi,
J’écris des livres pour les enfants, des petits contes imagés,
Des histoires de princesses et de rois, que j’illustre par mes aquarelles,
Ne mets pas trop d’eau, Carole. Comme cela, papa ?
Aujourd’hui j’aime ma vie!
J’ai envie de le crier haut et fort, de me l’entendre dire,
Je crois qu'au fond, j’ai toujours eu foi en moi,
C’est en les autres que j’ai plus de peine à fonder ma confiance,
Je ne les connais pas, les côtoyer me procure encore tant d’effroi,
Zoé et Elisa me tirent par la manche, mes petits traits d’union vers l’extérieur,
Leur sociabilité m’émeut et me bouleverse,
Je leur aurai au moins appris cela,
Mes filles m’apprennent les autres comme tu me protégeais d’eux, autrefois,
J’ai mal de les avoir reniées tu vois,
C’est cette nouvelle douleur qui me permet d’avancer, de vouloir faire mieux et de me faire pardonner,
Aujourd’hui je donne ma vie à Zoé et Elisa,
Je vais les aider à grandir, je serai là pour elles, en pointillé,
Je me ferai, mère de l’ombre, pour qu’elles puissent se camper bien droites sur leur deux jambes,
Aujourd’hui je te dis adieu, papa. Envole-toi.